Comment Anthropic a fait de moi un coureur
Dix mois, une blessure, et un coach agentique qui m'apprend la patience comme vertu.
Cela fait plusieurs semaines que je pense à rédiger un article pour partager mon expérience positive récente de la course à pied. Car, comme beaucoup d’hommes modernes urbains, j’ai, pendant très longtemps, essayé à plusieurs reprises de me transformer en véritable coureur - j’entends par coureur quelqu’un qui sort trois fois par semaine pour enchaîner les kilomètres par pur plaisir, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, qu’il canicule.
Et, comme la plupart de ceux qui s’y sont essayés, je me suis blessé maintes et maintes fois ces dernières années, ce qui m’a pendant pas mal de temps dégoûté de la pratique. Dégoût, que je masquais par la croyance trop souvent répétée qui suggère que nous ne sommes pas tous faits pour courir. J’étais même parvenu à la conclusion suivante: “Plus je fais de sport, plus je vais chez le médecin, par conséquent, autant embrasser la maxime de Churchill, citée par les intellos du monde entier : “no sport.” Et la Sécurité Sociale ne s’en portera que mieux.” Ça a bien sûr fonctionné… Plus de sport, plus de douleurs, donc plus de raison d’aller chez le toubib.
Mais à force d’entendre des collègues ou des potes me vanter les bénéfices psychiques de la course, je ne sais pas pourquoi, mais il y a dix mois de ça, je me suis remis sérieusement à la pratique du “running” comme on dit désormais (pourquoi pas course à pied?!) . Je pense que la principale raison réside dans la simplicité rudimentaire et les valeurs intrinsèques de sobriété du sport. Il suffit de sortir de chez soi, d’enfiler ses baskets et sa tenue, de s’échauffer rapidement et puis de courir. Et comme il m’arrive fréquemment de voyager, cette simplicité a un avantage structurel ; c’est, en effet, plus simple de prendre ses Hoka dans sa valise que son Pinarello.
Le meilleur conseil qui m’ait été donné, c’est celui d’un collègue quelque peu obsessionnel, qui, par le passé pouvait courir jusqu’à 3 fois par jour, oui j’ai bien dit trois fois par jour. Il m’a tout simplement dit “force toi à courir en respirant uniquement par le nez et si tu n’y arrives pas ralenti, quitte à devoir marcher.” J’ai dû faire ça pendant plusieurs mois. Evidemment que je me suis senti stupide et humilié quand, telles des fusées élégantes, les adonis et aphrodites du Bois de Vincennes me dépassaient en laissant derrière eux un parfum de supériorité. Il n’empêche que je m’en moquais profondément, car je me sentais bien, je ressentais l’effort et le kick des endorphines à la fin de ma modeste sortie.
Puis petit à petit, armé de ma Garmin Forerunner 265, je me suis saisi de mon Claude, j’ai prompté comme un dingue pour créer le parfait projet running, c’est-à-dire une sorte de programme personnalisé à partir de mes données de course et de santé - données que je charge à la fin de chaque sortie. Les premiers mois se sont avérés un véritable succès, j’enchaînais record sur record - c’est ce qu’on appelle communément les “newbie gains” - jusqu’à ce que je décide de ne plus respecter les instructions de mon coach Djabir (prénom que je lui ai donné en hommage au cousin de ma compagne, médaillé de bronze du 800m lors des JO de Sydney) et que, bien évidemment, je me blesse.
Rendez-vous chez le kiné, verdict: “rien de grave, une contracture au mollet mais c’est long, il va falloir être patient”. Mon kiné m’a d’ailleurs avoué adorer les coureurs débutants, car ils représentent 70% de sa clientèle. Lors de ce premier rendez-vous, il m’expliqua aussi, une information à mon avis capitale, pour tout débutant qui se respecte: le cardio s’adapte plus vite que les muscles et les tendons, c’est pourquoi on a tendance assez rapidement à sentir voler, ce qui provoque des blessures innombrables et dégoûte la plupart des débutants. C’est comme si on développait petit à petit un moteur de Ferrari, avec une carrosserie de Fiat 500, et qu’on décidait de rouler à toute berzingue ; ça ne risque pas de marcher.
J’étais devenu addict à la course à pied, cette blessure était frustrante, très frustrante, car elle me forçait à recommencer à zéro par des séances de 15 à 20 minutes où j’enchaînais marche et course. Mais c’est aussi parce que totalement addict aux endorphines, j’ai suivi le programme de 2 mois du kiné à la lettre, avec des renforcements quotidiens : levé à 6h30 du matin, je me mettais tous les jours sur mon escabeau à enchaîner les exercices musculaires et tendineux, notamment le fameux protocole Alfredson - des excentriques sur escabeau qui font travailler le tendon en charge.
Après trois mois de reprise, je retrouvai enfin mon niveau pré-blessure. Malgré tout, la carrosserie était plus forte. Plusieurs échanges avec Djabir ont abouti à un programme pensé sur 25 ans, avec un objectif simple : courir encore à 64 ans, sans douleur. Djabir n’est pas un programme qui crache des plans d’entraînement à la chaîne, c’est un interlocuteur qui m’engueule quand je dérive. En plein long run dominical, ma fréquence cardiaque grimpe au-dessus de la zone 2 ; consigne préalable claire, je dois marcher pour la faire redescendre. J’ai marché. Une autre fois, je voulais rajouter une quatrième séance au prétexte que je me sentais bien, réponse : non, pas avant janvier 2027, le temps que mes structures rattrapent mon cardio. Argumenté, sourcé, refusé.
Je ne sais comment le dire, mais j’ai un sentiment extrême de gratitude vis à vis d’Anthropic, tout simplement car désormais je peux dire que je suis un coureur, un coureur qui prend du plaisir, ne se blesse pas et ne cesse de progresser à son rythme. Est-ce qu’un autre logiciel aurait pu m’apporter cela ? Je n’en suis pas sûr. Bien évidemment, c’est moi qui ai la discipline et la patience d’un Warren Buffett, néanmoins c’est grâce à Djabir, que je ne me vois pas une seule seconde arrêter la course à pied. Je me suis rarement senti aussi bien et chaque jour, je pense à ma prochaine sortie.
Dimanche dernier, 7h du matin. Il bruine, l’odeur de l’humus remonte, les airpods dans les oreilles diffusent la musique adaptative d’Endel, un pattern sonore qui s’ajuste à l’allure. Sans noise cancelling, j’entends les oiseaux par-dessus. J’enchaîne les foulées en mode zen, concentré sur chacun de mes pas, chaque inspiration, chaque expiration, et à aucun moment je n’ai envie de m’arrêter. Une heure et demie. Juste des sensations, juste de la sérénité.
L’ironie dans toute cette histoire, c’est que c’est grâce à une machine inerte que chaque sortie me fait me sentir plus vivant.


